Burkina Faso : la gratuité des soins aux dépens de la relation entre les femmes et les soignants ?

Samb, O. M., Belaid, L., & Ridde, V. (2013). Burkina Faso : la gratuité des soins aux dépens de la relation entre les femmes et les soignants ? Revue Humanitaire, 35, 34–43. [html]

 

Abstract

 

Les trois auteurs de cet article ont mené deux études en 2010 et 2011 dans deux régions du Burkina Faso durant six mois passés sur le terrain. S’ils constatent que la gratuité des soins permet indéniablement un meilleur accès des femmes au système de santé, ils remarquent qu’elle ne met pas fin pour autant aux discriminations dont ces dernières sont victimes. Ce faisant, ils font leur cette affirmation d’Amartya Sen : « L’indépendance économique tout comme l’émancipation sociale des femmes créent une dynamique qui remet en cause les principes gouvernant les divisions, au sein de la famille et dans l’ensemble de la société et influence tout ce qui est implicitement reconnu comme étant leurs “droits”. »

Global health actors no longer in favor of user fees: a documentary study

Robert, E., & Ridde, V. (2013). Global health actors no longer in favor of user fees: a documentary study. Globalization and health, 9(1), 29. [html]

 

Résumé

 

Contexte

Depuis l′avènement des paiements directs des soins dans les années 1980 dans les pays à faible et moyen revenu, le discours des acteurs de la santé mondiale a évolué en défaveur de ce mode de financement de la santé. L’objectif de l’étude est de déterminer et d’analyser la position des acteurs de la santé mondiale dans le débat sur les paiements directs.

Méthodes

Nous avons mené une recherche documentaire à partir de l’analyse des documents publiés et officiellement attribués aux acteurs de la santé mondiale entre 2005 et 2011. Nous avons catégorisé les acteurs en quatre groupes : les organisations intergouvernementales, les organisations internationales non gouvernementales, les agences gouvernementales de coopération, et les réseaux et groupes de travail transnationaux. Nous avons ensuite classé chaque acteur selon sa position par rapport à l’abolition des paiements directs. Nous avons enfin mené une analyse thématique des discours pour comprendre les arguments utilisés par chaque acteur pour défendre sa position.

Résultats

Nous avons répertorié 56 acteurs de la santé mondiale pour lesquels nous avons retenu 140 documents. Parmi eux, 55% sont en faveur de l’abolition des paiements directs des soins ou de la gratuité des soins au point de service. Si aucun acteur ne se prononce plus en faveur des paiements directs, 30% ne prennent pas position. Seule la Banque Mondiale s’exprime à la fois en faveur des paiements directs et en faveur de la gratuité des soins au point de service. Les acteurs circonscrivent généralement leur position positive à certaines populations (femmes enceintes, enfants de moins de 5 ans, etc.) ou à certains soins (soins primaires, de base, essentiels). Trois types d’arguments sont utilisés par les acteurs pour défendre leur position : économique, moral/éthique et pragmatique.

Conclusion

Le principe de l’utilisateur-payeur semble avoir fait long feu. Les données scientifiques et certains réseaux d’acteurs ont sans doute contribué à ce changement de discours. Pour autant, les acteurs de la santé mondiale qui ont maintenant trouvé un consensus ne doivent plus se contenter de prendre position. Ils doivent transformer leurs paroles en actes et soutenir tant techniquement que financièrement les pays qui ont choisi de mettre en place des mesures d’exemption, parfois sous leur influence.

Implementation Fidelity of the National Malaria Control Program in Burkina Faso

Ridde, V., Druetz, T., Poppy, S., Kouanda, S., & Haddad, S. (2013). Implementation Fidelity of the National Malaria Control Program in Burkina Faso. PLoS ONE, 8(7), e69865. [html]

 

Abstract

 

Background

Every year 40,000 people die of malaria in Burkina Faso. In 2010, the Burkinabè authorities implemented a national malaria control program that provides for the distribution of mosquito nets and the home-based treatment of children with fever by community health workers. The objective of this study was to measure the implementation fidelity of this program.

Methods

We conducted a case study in two comparable districts (Kaya and Zorgho). Data were collected one year after the program’s implementation through field observations (10 weeks), documentary analysis, and individual interviews with stakeholders (n = 48) working at different levels of the program. The analysis framework looked at the fidelity of (i) the intervention’s content, (ii) its coverage, and (iii) its schedule.

Results

The program’s implementation was relatively faithful to what was originally planned and was comparable in the two districts. It encountered certain obstacles in terms of the provision of supplies. Coverage fidelity was better in Kaya than in Zorgho, where many community health workers (CHW) experienced problems with the restocking of artemisinin-based combination therapy and with remuneration for periods of training. In both districts, the community was rarely involved in the process of selecting CHWs. The components affected by scheduling all experienced successive implementation delays that pushed nets distribution and the initial provision of artemisinin-based combination therapies to the CHWs past the 2010 malaria season.

Conclusions

The activities intended by the program were mostly implemented with good fidelity. However, the implementation was plagued by delays that probably postponed the expected beneficial effects.

 

Réflexions sur les per diem dans les projets de développement en Afrique

Valéry Ridde (2012, mis en ligne le 19 juillet 2013) Réflexions sur les per diem dans les projets de développement en Afrique, Bulletin de l’APAD, 34-36. [html]

Résumé

La pratique des per diem dans les projets est largement connue de tous les acteurs concernés par l’aide publique au développement. En plus de leur salaire, des fonctionnaires touchent des primes fournies par des responsables de projets pour se réunir, pour participer à des ateliers et des formations ou pour réaliser des activités qui sont pourtant prévues dans leurs tâches officielles. D’un autre côté, des experts internationaux reçoivent des frais de mission qui dépassent souvent largement le montant des dépenses nécessaires pour vivre le temps de leur mission. Si ces pratiques sont connues, leur description et discussion sont inversement proportionnelles à leur influence dans la mise en œuvre des interventions. Nous proposons dans cet article une esquisse d’anthropologie de cette pratique. Son histoire et ses origines multiples sont reconstituées, nous en décrivons les diverses facettes, leurs causes et conséquences afin d’en proposer une typologie. Nous tentons, enfin, d’analyser en quoi les per diem sont révélateurs des effets pervers de l’aide, de la transformation du rôle de l’État, et des changements de la fonction publique en Afrique.