Cet article est un article spécial publié dans la Revue canadienne de santé publique, vol. 107, n ° 6, le 1er mars 2017.

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Di Ruggiero, E., Potvin, L., Allegrante, J. P., Dawson, A., De Leeuw, E., Dunn, J. R., … Verweij, M. (2017). Ottawa Statement from the Sparking Solutions Summit on Population Health Intervention Research. Canadian Journal of Public Health, 107(6), 492–496. https://doi.org/10.17269/cjph.107.6061 Download

Déclaration d’Ottawa issue du sommet Provoquer des solutions sur la recherche interventionnelle en santé des populations

Ottawa, Ontario, Canada
25 avril 2016

La Déclaration du Cap, publiée le 3 octobre 2014 à la suite du troisième Symposium mondial sur la recherche en systèmes de santé, recommandait des actions dans plusieurs secteurs thématiques : développement des systèmes de santé, développement des capacités de recherche, méthodes de recherche de pointe et innovatrices, communautés d’apprentissage et application des connaissances.

Un appel à l’action lancé après la publication de la Déclaration du Cap englobait des secteurs thématiques et des recommandations concernant la science de la mise en oeuvre et de la prestation (SMOP). S’adressant aux responsables des politiques de santé et aux gestionnaires de la santé, aux organismes de financement, aux chercheurs et aux établissements d’enseignement, aux rédacteurs en chef et aux éditeurs de revues scientifiques, ainsi qu’aux organismes de la société civile, cet appel visait à faciliter le développement de systèmes de santé réceptifs, efficaces, efficients, équitables et centrés sur les personnes.

L’appel à l’action respecte les principes sous-jacents aux approches de santé des populations en usage partout en Amérique du Nord, dans une bonne partie de l’Europe et dans plusieurs autres endroits dans le monde. Tandis que la Déclaration du Cap était axée sur les systèmes de santé, la Déclaration d’Ottawa met l’accent sur la science des interventions en santé des populations, c’est-à-dire des politiques, des approches de distribution des ressources et des programmes conçus pour avoir un impact sur des populations par la modification des conditions associées au risque et la réduction des inégalités en santé. Il existe plusieurs exemples de ce genre d’interventions orientées vers la prévention primaire : réaménagement des lieux de travail, politiques de logement visant à réduire l’itinérance, programmes d’immunisation, mesures fiscales visant à décourager la consommation de tabac et d’autres produits nocifs à l’échelle des populations. Ainsi, la recherche interventionnelle en santé des populations (RISP) n’est pas de la recherche clinique ni de la recherche en laboratoire. Il s’agit plutôt de recherches comportant l’utilisation de méthodes scientifiques en vue de la production de connaissances sur les interventions réalisées dans le secteur de la santé ou d’autres secteurs qui ont un potentiel d’impact sur la santé des populations et l’équité en santé (Initiative de recherche interventionnelle en santé des populations du Canada [IRISPC]).

Progrès depuis la Déclaration du Cap

La Déclaration du Cap est essentiellement un appel à l’action. Parmi les divers publics prioritairement visés, les rédacteurs en chef et les éditeurs ont été invités à s’engager à promouvoir la publication d’articles en SMOP dans le cadre de numéros thématiques ou d’appels d’articles, et de publier des études de cas en SMOP illustrant à la fois des succès et des échecs, ainsi que des leçons tirées de la mise en oeuvre. Malheureusement, à l’échelle mondiale, peu de déclarations publiques ou d’études publiées laissent croire que des progrès ont été accomplis dans les secteurs thématiques couverts par la Déclaration du Cap ou les appels à l’action particuliers à la SMOP. Actuellement, seulement trois articles à l’égard des résultats de la Déclaration du Cap ont été publiés.

Depuis 2006, l’Institut de la santé publique et des populations (ISPP) des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), en collaboration avec des chercheurs, des organismes de financement et des utilisateurs des connaissances, se fait le champion d’une IRISPC pancanadienne ayant pour vision de développer la RISP en tant que science pouvant éclairer la conception, la mise en oeuvre et l’expansion des politiques et des programmes, en appui à l’objectif fondamental qui est de promouvoir l’équité en santé et la santé des populations.

Actions

L’ISPP des IRSC et la Revue canadienne de santé publique ont invité et convoqué les rédacteurs en chef et d’autres représentants de différentes revues scientifiques en santé publique et des populations à une discussion sur les moyens que pourraient prendre des revues particulières couvrant la RISP pour mieux répondre à l’appel à l’action lancé dans la Déclaration du Cap et aux recommandations relatives à la SMOP.

Contexte de l’action

Les rédacteurs en chef participants ont reconnu les points suivants :

  • Avec la multiplication des revues aux pratiques prédatrices et la rareté des fonds de recherche, il existe une occasion de renforcer la valeur des articles soumis à l’évaluation par les pairs dans tous les domaines, y compris la RISP. Bien que la plupart des revues représentées publient en anglais, les rédacteurs en chef sont favorables à l’accessibilité d’articles en français, en espagnol, en portugais et dans d’autres langues, s’il y a lieu.
  • En santé publique, la science de la prestation (recherche sur la manière de financer, organiser, gérer, mettre en oeuvre et mettre à l’échelle des interventions visant à améliorer la santé des populations et l’équité en santé) diffère de la science de la découverte (recherche sur les facteurs écologiques, sociaux et économiques et les autres déterminants et facteurs de risque qui constituent les causes profondes connues de maladie, de décès et d’invalidité). Ces nuances doivent être reconnues, et les  revues scientifiques pertinentes devraient mieux s’adapter aux particularités de la science de la prestation.
  • Au cours des dernières années, la plupart des revues se sont volontairement efforcées de faciliter la publication d’articles liés à la RISP par divers moyens : appels d’articles, création de nouvelles sections, et/ou nomination de rédacteurs pour ce domaine de recherche particulier.
  • Les revues scientifiques ont un rôle crucial à jouer dans la promotion de la RISP; elles doivent commencer à publier plus de recherches dans ce domaine et d’études de cas connexes plutôt que seulement des recherches sur la prévalence et l’étiologie. Voici des exemples : nouveautés théoriques et méthodologiques dans la conception d’études interventionnelles et les mesures connexes; études empiriques qui documentent le déroulement d’interventions ou leurs résultats sur la santé des populations ou l’équité en santé; études de cas sur des politiques et pratiques innovantes.
  • Les revues scientifiques peuvent aussi exercer un leadership en échangeant des données liées à la RISP, comme le préconisent les directives en matière de promotion de la transparence et de l’ouverture du Center for Open Science (Charlottesville, VA). Elles peuvent, par exemple, permettre aux auteurs de coupler le contenu de leurs articles publiés avec des bases de données.
  • Il est aussi nécessaire de développer les capacités d’évaluation par les pairs pour s’assurer que la RISP soit adéquatement appréciée et évaluée, ce qui comporte de faire appel à des chercheurs praticiens.

Développer le domaine

L’impression générale est que le domaine est encore en évolution et en train de s’organiser. Cependant, les rédacteurs en chef participants affirment que la poursuite du développement de la RISP dépend de la résolution de certaines questions scientifiques en suspens.

  • Comment pouvons-nous mieux tenir compte du rôle de la réplication dans les études interventionnelles? Bien que de nombreuses revues privilégient la publication de nouveaux résultats ou de nouvelles approches, il ne faut pas négliger l’importance de publier des études qui reproduisent des résultats connus. La dépendance accrue à l’égard des pratiques fondées sur des données probantes rend pratiquement indispensables plusieurs formes de réplications d’études, notamment : les réplications statistiques, qui visent à répéter des études avec de nouveaux échantillons et à vérifier si les résultats initiaux sont le fruit du hasard; les réplications de généralisabilité, où un élément du plan d’étude est modifié; les réplications demise enoeuvre, où les conditions de mise en oeuvre varient; les réplications de développement théorique, où les variations dans l’intervention aident à mieux en comprendre le fonctionnement; les reproductions ad hoc, où les interventions peuvent varier les unes des autres de façons multiples et généralement non systématiques.
  • Compte tenu de la quantité et de la diversité des approches théoriques et méthodologiques utilisées en RISP, comment pouvons-nous établir un consensus dans le milieu de la RISP sur les plans et les méthodes de recherche valides pour étudier des interventions en santé des populations, et sur les outils valides pour en mesurer les impacts?
  • Comment devrait-on décrire ce qui constitue l’intervention en santé des populations à l’étude et les éléments contextuels pertinents qui influencent l’intervention?
  • Comment concilier le vocabulaire employé pour décrire l’objet d’étude (c.-à-d. intervention) avec d’autres façons de le conceptualiser? (Par exemple, le terme « intervention » ne convient pas lorsqu’on travaille avec des collectivités autochtones.)
  • Compte tenu de la limitation actuelle du nombre de mots des manuscrits, quel devrait être le niveau de détails nécessaire pour décrire l’intervention et quelles données inclure de sorte à faciliter l’interprétation des résultats et la reproductibilité potentielle de l’étude?
  • Nous voyons une occasion d’aborder de nouvelles questions d’éthique dans ce contexte. Quelles sont les questions d’éthique pertinentes soulevées par des études d’intervention et de mise en oeuvre complexes, et par l’utilisation de nouvelles méthodes de recherche en santé des populations? Comment devrions-nous résoudre ces questions?
  • Comment pouvons-nous soutenir la publication et l’accessibilité d’un plus grand nombre de bases de données de RISP pour encourager la collaboration et la réutilisation des données?

Selon diverses perspectives, il est important de savoir ce qui ne fonctionne pas et ce qui fonctionne, pour qui et dans quel contexte. Si nous ne publions pas de résultats non significatifs, nous introduisons un biais important dans nos conclusions sur l’efficacité des interventions, comme dans les revues systématiques. Nous encourageons la publication d’études bien conçues et exécutées, sans égard aux résultats.

CONCLUSIONS ET PROCHAINES ÉTAPES

Bien que la littérature renseigne peu sur l’atteinte des objectifs du troisième Symposium mondial sur la recherche en systèmes de santé et de la Déclaration du Cap, il demeure possible de progresser en réponse à cet appel à l’action comme en témoignent deux réunions de rédacteurs de revues couvrant la RISP. Les rédacteurs en chef participants ont convenu de continuer à soutenir la réflexion collective en cours sur les moyens que peuvent prendre les revues scientifiques en santé publique et des populations pour mieux contribuer au développement d’une RISP florissante et fructueuse. Ils se sont aussi engagés à continuer de se rencontrer régulièrement pour évaluer l’état de ce domaine de recherche en évolution constante et, par extension, contribuer au développement de systèmes de santé efficaces, efficients, équitables, centrés sur les personnes, réceptifs et orientés vers la santé des populations.

Les rédacteurs et individus ci-dessous ont signé et entériné la Déclaration d’Ottawa au nom des organisations et revues scientifiques suivantes :
Erica Di Ruggiero, Ancienne directrice scientifique adjointe, IRSC – Institut de la santé publique et des populations
Louise Potvin, Rédactrice en chef, Revue canadienne de santé publique et Rédactrice, International Journal of Public Health
John P. Allegrante, Rédacteur en chef, Health Education & Behavior
Angus Dawson et Marcel Verweij, Co-Rédacteurs en chef, Public Health Ethics
Evelyne De Leeuw, Rédactrice en chef, Health Promotion International
James R. Dunn, Co-Rédacteur en chef, Journal of Epidemiology and Community Health
Eduardo Franco, Rédacteur, Preventive Medicine and Preventive Medicine Reports
Katherine L. Frohlich, Rédactrice consultative, Social Science & Medicine; Membre internationale du Comité de la rédaction, Health and Place
Robert Geneau, Rédacteur en chef, Health Promotion and Chronic Disease Prevention in Canada: Research, Policy and Practice
Suzanne Jackson, Rédactrice en chef, Global Health Promotion
Jay S. Kaufman, Rédacteur, Epidemiology
Alfredo Morabia, Rédacteur en chef and Kenneth R. McLeroy, Rédacteur associé, American Journal of Public Health
Valéry Ridde, Rédacteur associé pour la Science de l’implémentation, BMJ Global Health

Remerciements: Les auteurs remercient Alexander Maisonneuve, étudiant au doctorat en santé des populations à l’Université d’Ottawa pour son soutien à la préparation de la réunion des rédacteurs et au développement de la Déclaration d’Ottawa.